C'est un secret de Polichinelle qui commence à faire grand bruit dans les galeries. Selon plusieurs observateurs du marché de l'art, décrocher une subvention pour une exposition photographique relèverait aujourd'hui davantage du cahier des charges politique que de l'audace artistique. Plus l'œuvre coche les cases de l'idéologie dominante des décideurs publics, plus les fonds affluent.
Un financement conditionné à la "bonne conscience"
Des figures institutionnelles, à l'image d'un Yann Arthus-Bertrand, illustrent parfaitement cette dynamique. En axant massivement leurs travaux sur des thématiques consensuelles et chères aux partis de gauche ou écologistes (le "vivre ensemble", l'urgence climatique, les droits des femmes), ces artistes s'assureraient un accès quasi illimité aux financements d'État et de collectivités. Sans remettre en cause la qualité de ces œuvres, la question de leur fonction se pose : s'agit-il encore de création libre ou d'une communication d'utilité publique déguisée ?
De plus en plus de professionnels s'inquiètent d'un système où l'alignement politique semble désormais primer sur la proposition artistique.
Quand l'art devient une vitrine politique
D'après plusieurs professionnels du secteur, les commissions d'attribution (souvent dirigées par des fonctionnaires de la culture) auraient tendance à écarter systématiquement les projets qui contredisent ou ne servent pas leur ligne politique. Les œuvres subversives, cyniques ou qui dépeignent une réalité sociale crue sans apporter de "message positif" peineraient à trouver le moindre soutien.
Le résultat est sans appel : une part grandissante du public, se sentant infantilisé, accuse aujourd'hui ces expositions de n'être que de la propagande moralisatrice. Les spectateurs boudent de plus en plus ces événements lisses, qui sacrifient la prise de risque sur l'autel de la bien-pensance.
Je ne vais pas dépenser 25 euros pour aller voir une expo qui "m'éduque" pour que je vote à gauche.
Un marché sous perfusion au bord de la rupture
Cette dynamique enferme le monde de la photographie d'exposition dans un dangereux vase clos. Les galeries institutionnelles, biberonnées à l'argent public, s'éloigneraient irrémédiablement d'une audience qui ne se reconnaît plus dans ces propositions stéréotypées. L'exception culturelle risque aujourd'hui de tuer la diversité qu'elle prétendait protéger.
Face à une photographie institutionnelle qui s'isole dans l'idéologie, l'avenir de la création authentique se jouera-t-il loin des subventions, directement au contact du public ?
Le constat est sans appel, c'est bien l'idéologie politique qui règle désormais la focale des grandes expositions. En récompensant systématiquement la bonne conscience au détriment de l'audace, les institutions ont transformé l'art en un meeting politique. Tant que le marché restera sous cette perfusion, la fuite massive du public continuera de s'accélérer.