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L'article 238 bis AB : un souffle vital pour la création française

Pourquoi sa prolongation jusqu'en 2028 est la meilleure nouvelle de l'année
28 avril 2026

La prolongation de l'article 238 bis AB du CGI jusqu'en 2028 est bien plus qu'une mesure technique : c'est le maintien d'un écosystème vital qui permet enfin aux artistes vivants de rencontrer le monde économique.


Temps de lecture : 3 min

➤ Un sursis nécessaire pour la création

J'ai accueilli la nouvelle avec un immense soulagement : la loi 2026-103 du 19 février 2026 a sauvé un dispositif qui, sans elle, se serait éteint à la fin de l'année 2025. Pour un photographe d'art contemporain comme moi, ce n'est pas une simple ligne budgétaire, c'est la survie d'un pont essentiel entre l'atelier et la cité.

Depuis 2002, ce texte permet aux entreprises d'acquérir des œuvres originales d'artistes vivants en déduisant le prix d'achat de leur résultat imposable sur cinq ans. Pourtant, je constate trop souvent que ce mécanisme reste méconnu ou sous-estimé. Refuser de voir l'importance de cette loi, c'est ignorer la réalité du terrain : la commande institutionnelle et privée est le moteur de notre rayonnement culturel.

➤ Un cercle vertueux sans équivalent

Pourquoi est-ce, selon moi, une chance historique ? Parce que cette loi crée une synergie où tout le monde gagne, sans exception. J'estime que l'on a trop longtemps opposé le monde de l'argent à celui de la création pure, alors que l'article 238 bis AB les réunit avec une intelligence rare.

  • Pour nous, les artistes : elle nous ouvre les portes d'acheteurs professionnels dont les budgets dépassent largement ceux des collectionneurs particuliers. C'est l'assurance de voir nos projets ambitieux financés.
  • Pour les entreprises : au-delà de la déduction fiscale évidente, c'est l'opportunité d'inscrire un actif pérenne à leur bilan tout en transformant leurs locaux en vecteurs d'image de marque.
  • Pour le public : l'obligation d'exposition transforme des bureaux fermés en lieux de culture. Certaines entreprises vont plus loin en prêtant leurs œuvres à des centres d'art ou des galeries locales — ces structures reçoivent ainsi des pièces sans supporter le coût d'acquisition, ce qui enrichit leur programmation et attire de nouveaux visiteurs.

Je ne vais pas revenir ici sur les détails techniques — plafond annuel, réserve spéciale au bilan, conditions de réintégration — ; vous pouvez consulter mon article dédié si vous souhaitez décortiquer la mécanique complète. Ce qui m'importe, c'est le message envoyé : la France choisit de soutenir ceux qui créent aujourd'hui, et pas seulement ceux dont les œuvres dorment dans les musées depuis un siècle.

➤ Mon appel : osez l'art vivant

J'en suis convaincu : l'art ne doit pas être une variable d'ajustement. En prolongeant ce dispositif jusqu'au 31 décembre 2028, le législateur offre une visibilité précieuse aux investisseurs et aux créateurs. Mais cette loi n'est utile que si vous, chefs d'entreprise et décideurs, vous vous en emparez.

Soutenir un artiste vivant, c'est participer à l'histoire de l'art en train de s'écrire. C'est un acte engagé qui valorise votre patrimoine tout en irriguant la création contemporaine. Je refuse de croire que le mécénat soit l'apanage des géants du CAC 40 ; grâce à cet outil, chaque PME peut devenir un acteur culturel de premier plan.

Profitons de ces trois années supplémentaires pour ancrer durablement l'art au cœur de nos entreprises. L'opportunité est là, sous nos yeux, inscrite dans le code des impôts : ne la laissons pas passer par simple méconnaissance ou timidité.

Christian Drouet
Photographe d'art contemporain & défenseur de la création vivante

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